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Proches aidants – trois mesures et toujours beaucoup de besoins

Juste avant les vacances d’été s’est ouverte la consultation sur le projet législatif destiné à soulager les proches aidants qui travaillent. Ce projet de loi contient trois mesures indispensables pour leur venir en aide. Mais ce sont avant tout les situations d’urgence qui sont visées. Or, les besoins des proches aidants sont nombreux, en particulier pour toutes les situations d’aide et de soutien réguliers, auquel le projet de loi ne répond malheureusement pas. Travail.Suisse invite le gouvernement à remettre l’ouvrage sur le métier et à compléter cette première ébauche de dispositif. suite

Comme on s’y attendait depuis l’annonce du Conseil fédéral en février de l’année passée, le contenu du projet de loi se concentre sur les besoins des proches aidants qui travaillent, afin de faciliter quelque peu l’articulation de leur double tâche : travailler et soutenir des proches.

Trois mesures pour gérer l’urgence

Les trois mesures soumises à la consultation jusqu’au 19 octobre sont :

  • l’ancrage du maintien du salaire dans la loi durant le congé de courte durée existant et bénéficiant aux parents d’enfants malades et extension du droit au congé aux proches sans obligation d’entretien ;
  • la création d’un nouveau congé de longue durée en cas de maladie grave ou d’accident de ses propres enfants (14 semaines), payé par les allocations pour perte de gain APG ;
  • l’extension du droit aux bonifications d’assistance dans l’AVS aux concubins et aux cas d’impotence légère.

Les deux premières mesures apportent une réponse aux situations d’urgence des travailleurs et travailleuses qui ont le devoir de s’occuper de leurs enfants et, par extension, à toute personne proche aidée.

Congé d’urgence pour les proches dans un sens large

En ce qui concerne le congé de courte durée, il faut noter que le critère de l’ « obligation d’entretien » découlant de l’article 324a du Code des obligations ne sera plus déterminant : ainsi, en plus de ses propres enfants, de son époux-se ou partenaire enregistré, d’autres proches au sens large pourront être aidés dans le cadre de ce congé d’urgence. Il s’agit des partenaires menant de fait une vie de couple, les parents, frères et sœurs ainsi que les « personnes proches » : tous sont susceptibles d’être aidés par un travailleur ou une travailleuse et ce dernier ou cette dernière sera ainsi dédommagée de manière sûre dans le cadre de ce congé de courte durée.

Travail.Suisse soutient bien évidemment cette première mesure. Elle déplore toutefois qu’apparaisse un nouveau critère, soit celui de « vivre seul ». Dans le cas des parents, on ne peut pas attendre automatiquement d’un couple âgé que l’un de ses membres soit en mesure de venir en aide régulière de son ou sa conjoint-e. Chaque situation est différente et ce qui est possible pour tel couple ne le sera pas pour tel autre. Travail.Suisse souhaite aussi que ce congé puisse bénéficier aux grands-parents actifs qui prennent en charge leurs petits-enfants régulièrement, et ils sont nombreux.

Ce congé d’urgence nouvelle mouture présente l’avantage de clarifier la situation au niveau juridique, puisque selon l’analyse d’impact de la réglementation réalisée au préalable auprès des entreprises, un tiers des personnes qui y font recours ne sont pas payées en raison du flou juridique. Ce sont ces personnes qui bénéficieront directement de l’ancrage du maintien du salaire dans le nouvel article 329g du Code des obligations.

Nouveau congé de longue durée : bien, mais trop court et restrictif

La vraie nouvelle mesure envisagée dans le projet de loi est le congé de longue durée de 14 semaines pour soigner un enfant gravement malade ou accidenté. Les parents des milliers d’enfants hospitalisés chaque année sont actuellement dans une impasse. Quand leur présence est requise auprès de leur enfant gravement atteint dans sa santé, cela conduit bien souvent un des parents à renoncer à toute activité professionnelle.

Le projet propose donc un nouveau congé payé de 14 semaines (soit 98 jours calendaires) payé à 80% du salaire, sur le modèle du congé maternité. Il est vrai que comparé à la situation actuelle, ce congé est une grande amélioration. Toutefois, comme le souligne le rapport explicatif, la durée moyenne de la prise en charge d’un enfant atteint d’un cancer représente 155 jours de travail. C’est sans compter les soins à donner en dehors des visites à l’hôpital et le fait qu’un cancer ne se soigne pas en une seule année. Au total, l’absence des parents de leur travail dure en moyenne 320 jours. Il y a peu de cas (entre 1000 et 8000 par année) mais ils occasionnent des situations très difficiles et compromettantes. Travail.Suisse estime que si la société veut offrir un réel soutien aux familles concernées par des situations dramatiques, si nous voulons éviter que les parents ne soient pas prétérités dans leur avenir professionnel (et leur retraite), alors nous devons nous montrer généreux et offrir 22 semaines. De même, le handicap doit aussi être pris en considération pour ce type de congé.

Sur ce chapitre, Travail.Suisse déplore encore une grave lacune : ce nouveau congé de longue durée ne concerne pas les autres proches pour lesquels un travailleur ou une travailleuse aurait besoin de s’absenter plus de trois jours, par exemple pour accompagner son compagnon ou son parent en fin de vie. Un tel congé de longue durée pourrait être plus court, en tous les cas il devrait être prévu et rétribué.

Reconnaissance indirecte des proches aidants dans l’AVS

La troisième mesure est une reconnaissance financière indirecte aux filles et aux fils qui prennent soin de leurs parents ou aux couples enregistrés dont l’un-e soutient l’autre. L’extension des bonifications pour tâches d’assistance dans l’AVS concernera les cas d’impotence faible et les concubins. C’est une très bonne nouvelle.

Toutefois, Travail.Suisse déplore que la question de « l’accès facile » actuellement réglé par l’article 29septies LAVS et surtout 52g RAVS n’aie pas été révisé. Ces deux articles définissent que la personne aidée ne doit pas habiter à plus de 30 kilomètres du proche aidant ou qu’elle puisse être atteinte dans l’heure. Or, le travail de care « à distance » représente autant de charge que le travail de care direct à la personne. Les familles se sont dispersées, les parents n’habitent plus près de leurs enfants adultes. Le critère de la distance ou du temps n’est plus aussi pertinent à l’heure des nouvelles formes de communication. Coordonner, organiser à distance, c’est aussi du travail de care.

De l’innovation pour couvrir plus de situations d’aide

Nous le disions en début d’année1, il est bien sûr nécessaire de régler les situations d’urgence et exceptionnelles comme les maladies graves, les accidents, l’urgence. Il s’agit cependant de situations qui occasionnent le plus souvent de la compréhension et de la bonne volonté de la part des employeurs. Nos élu-e-s et notre gouvernement ont aussi la tâche de proposer des mesures novatrices au travail de care régulier de longue durée.

Dans une prochaine édition, nous reviendrons sur les raisons de devoir agir et sur la nécessité d’élaborer une politique harmonisée qui couvre la thématique des proches aidants qui travaillent la plus large possible. Travail.Suisse a élaboré une série de revendications relatives à l’égalité2, dont quelques-unes concernent les proches aidants, qui sont le plus souvent des femmes. Quelques idées novatrices ont déjà été relayées au parlement, d’autres devront l’être à l’avenir.


1 Valérie Borioli Sandoz , « Il faut des congés payés pour soigner ses proches », Service Médias, 6 février 2018.
[^2^ ]Valérie Borioli Sandoz, « Egalité hommes-femmes aujourd’hui et demain. 28 revendications pour plus de liberté de choix afin de garantir la qualité de vie des travailleurs et des travailleuses », Travail.Suisse, Berne, avril 2018.

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21 août 2018, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique de l'égalité Drucker-icon

L’AD de Travail.Suisse demande une liste noire des entreprises qui pratiquent la discrimination salariale

Les délégué-e-s de Travail.Suisse ont adopté trois résolutions au cours de leur réunion d’aujourd’hui. Ils ont adopté à l’unanimité la résolution « Discrimination salariale – il faut une liste noire des entreprises ». Ils ont aussi adopté les résolutions sur la libre circulation des personnes et les mesures d’accompagnement et sur la base légale pour la surveillance des assurés par des détectives des assurances sociales. mehr

L’assemblée des délégué-e-s de cette année a démarré avec les louanges du président de Travail.Suisse Adrian Wüthrich aux fédérations affiliées pour leur engagement pour l’initiative pour le congé paternité. « Une année a suffi pour récolter ensemble les signatures nécessaires pour un congé paternité raisonnable. C’est une grande performance. » Les objets statutaires de l’année 2017 – qui fut un très bon cru – ont été rapidement traités. Les délégué-e-s ont élu Carole Furrer (présidente SCIV) à l’unanimité comme nouvelle vice-présidente de Travail.Suisse.

L’exposé du président du Conseil de la Suva, Gabriele Gendotti, a suscité beaucoup d’intérêt. Dans son discours sur les cent ans de la Suva, il a réaffirmé l’importance des syndicats pour faire comprendre le rôle de la Suva. Arno Kerst, président du syndicat Syna et membre de la commission du conseil de la Suva présenta ensuite le point de vue des travailleurs et travailleuses sur la Suva et expliqua pourquoi Travail.Suisse, avec Syna, soutient le référendum contre la nouvelle base légale. « La loi va au-delà du but à atteindre. Nous soutenons dès lors le référendum contre les détectives qui pourront surveiller en Suisse les assurés sans une autorisation judiciaire, jusque dans la chambre à coucher. » Les délégué-e-s de Travail.Suisse ont dès lors adopté à l’unanimité la résolution « Surveillance des assurés : lutter contre les abus dans le domaine des assurances mais selon l’Etat de droit et le principe de proportionnalité ». Outre le soutien au référendum, les délégué-e-s ont appelé la Suva à jouer sérieusement son rôle d’avant-garde et faire approuver par un service indépendant les observations faites de sa propre initiative.

Oui unanime à la résolution d’une liste noire des entreprises pratiquant la discrimination salariale

En février, le Conseil des Etats a choqué en renvoyant le projet de révision de la loi sur l’égalité. Il montre ainsi le peu de considération qu’il porte à la discrimination salariale des femmes qui représente annuellement encore au moins 7.7 milliards de francs. Cela ne semble guère affecter la politique pour laquelle même un auto-contrôle régulier et obligatoire – sans sanctions précisons-le – est encore trop demander. Avec la décision du Conseil des Etats, la coupe est maintenant pleine. « Nous, les syndicats, ne croyons plus aux belles paroles. La loi entrée en vigueur il y a 22 ans doit enfin être effective sinon nous passerons à l’action et instaurerons une liste noire des entreprises qui pratiquent la discrimination salariale », a indiqué Valérie Borioli Sandoz, responsable de la politique de l’égalité à Travail.Suisse.

Oui unanime à la résolution sur la libre circulation des personnes et les mesures d’accompagnement

Un regard sur les évolutions actuelles de la libre circulation des personnes et des mesures d’accompagnement (MAC) donne d’inquiétants signaux. L’attaque frontale la plus récente est venue de l’UDC avec le lancement de son initiative pour résilier la libre circulation : « Cette initiative est plus qu’une attaque contre les accords bilatéraux, c’est une attaque contre les acquis suisses du partenariat social en général et contre les mesures d’accompagnement en particulier » indique Gabriel Fischer, responsable du dossier de politique économique. Et cela après qu’il ait fallu presque trois ans pour trouver une mise en œuvre compatible avec l’UE de l’initiative sur l’immigration de masse et que l’on mette en œuvre à mi 2018, avec l’obligation de communiquer les postes vacants, un instrument valable qui améliore les chances de la main-d’œuvre résidante. Et comme si cela ne suffisait pas, les MAC menacent, dans le cadre des négociations pour un accord-cadre institutionnel avec l’UE, de faire l’objet de marchandage ou d’être supprimées par la juridiction de l’UE ou par un tribunal arbitral. Travail.Suisse et les fédérations affiliées soutiennent toujours les accords bilatéraux. Mais il faut que la promesse faite par le monde politique de protéger les salaires et les conditions de travail soit clairement tenue et il faut adapter et étendre les mesures d’accompagnement. Les bénéfices de la libre circulation issus des accords bilatéraux doivent profiter à l’ensemble de la population et pas seulement aux entreprises et à leurs actionnaires.

>> vers le communiqué de presse et les trois résolutions

Pour d’autres informations :
Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse, Mobile : 079 287 04 93

Save the date : lundi prochain, 30 avril (9h30 à Berne), Travail.Suisse présentera à l’occasion d’une conférence de presse le nouveau document de position « Egalité hommes-femmes aujourd’hui et demain » avec 28 revendications pour plus de liberté de choix et préserver la qualité de vie des travailleurs et travailleuses. Plus à ce sujet sous : www.travailsuisse.ch (des lundi, 30 avril 2018)

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2018 04 27 Resolution Lohngleichheit F.pdf 105 KB

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27 avril 2018, Adrian Wüthrich, Président Drucker-icon

Employabilité : la responsabilité en incombe trop fortement à la personne

La formation et la formation continue permanente des travailleurs et travailleuses sont fondamentales pour conserver toutes ses chances sur le marché du travail et pour l’employabilité. En Suisse, la responsabilité à cet égard en incombe principalement à la personne. Ce sont justement les travailleurs et les travailleuses peu qualifiés pour lesquels les employeurs ne dispensent pas suffisamment de formations. Comme le montre un nouveau rapport, l’assurance-chômage se retire elle aussi de sa responsabilité. Une telle attitude rendra difficile la maîtrise des défis de la numérisation. suite

L’apprentissage tout au long de la vie, les formations continues et le relèvement des qualifications sont des paramètres incontournables du maintien des chances sur le marché du travail. Les travailleurs et les travailleuses, qui ont été occupés par le même employeur pendant toute leur carrière professionnelle, sont toujours plus rares, les parcours linéaires d’activité et de carrière diminuant. Cela implique pour les travailleurs et les travailleuses de grandes exigences à remplir, en particulier celle de leur mobilité professionnelle. Le défi principal consiste à maintenir l’employabilité pour conserver pendant une quarantaine d’années toutes ses chances sur le marché du travail.

Investissements avant tout pour les cadres

La responsabilité pour l’employabilité en Suisse repose très fortement, sinon exclusivement, auprès du travailleur individuel – l’obligation générale de diligence de l’employeur n’est pratiquement pas appliquée sur cet aspect. Certes, les employeurs investissent dans le développement de leurs collaborateurs et collaboratrices ; mais c’est plutôt pour les cadres, dont ils se félicitent d’avoir une valeur ajoutée directe en retour, que pour le maintien général de l’employabilité de leurs employé-e-s. Le « Baromètre. Conditions de travail » de Travail.Suisse montre clairement que presque la moitié des travailleurs et des travailleuses se sentent insuffisamment soutenus dans leurs efforts pour se perfectionner (voir le graphique). Ce qui frappe, ce sont les différences selon le niveau de formation et de qualification. Pendant que les employeurs promeuvent la formation continue de presque 60 pourcent des employés hautement qualifiés, la valeur est bien plus faible pour les peu qualifiés avec environ 40 pourcent de personnes encouragées.


Source : « Baromètre Conditions de travail », Travail.Suisse 2017.

La promotion plus faible de la formation continue pour les travailleurs et les travailleuses peu qualifiés, qui diminue leurs chances, se voit bien dans les statistiques du chômage : les personnes sans diplôme au niveau du secondaire II, qui constituent moins de 15 pourcent de toutes les personnes actives en Suisse, représentent presque 30 pourcent des chômeurs enregistrés.

Défi pour l’assurance-chômage

Dans le cadre de l’initiative pour lutter contre la pénurie de personnel qualifié, le Conseil fédéral a donné mandat au Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) de clarifier les possibilités des mesures du marché du travail de l’assurance-chômage en cas de réorientation professionnelle due à des modifications de nature structurelle. Ce rapport1 est maintenant publié. Il montre clairement « que la formation professionnelle continue et la réorientation des demandeurs d’emploi ne font pas partie de la mission fondamentale de l’assurance-chômage », (page 11). Le DEFR suit ainsi l’opinion largement répandue à l’intérieur de l’administration comme quoi le but primaire de l’assurance-chômage est de réintégrer rapidement dans le marché du travail les personnes au chômage. Mais on oublie malheureusement qu’un article clé de la LACI (Art. 1, alinéa 2) mentionne explicitement la réinsertion durable et la prévention du chômage comme tâches fondamentales.

L’importance financière accordée à différentes mesures de soutien montre clairement que les mesures de formation dans le cadre de l’assurance-chômage font tapisserie et que les cantons ne les utilisent guère : ainsi les allocations de formation n’ont même pas atteint 20 millions de francs en 2016 ; moins que les indemnités pour intempéries (23.9 millions de francs) ou les indemnités d’insolvabilité (35.9 millions de francs). Si on compare aussi les allocations de formation avec les plus de 5.5 milliards de francs versés à titre d’indemnités de chômage, il ne vaut même plus la peine d’en parler. Dans la pratique, les cantons utilisent les mesures de formation au mieux pour les assurés difficiles à placer ou la formation de rattrapage mais pas pour des formations continues ou un relèvement des qualifications avec l’objectif du maintien de l’employabilité. Le rapport du DEFR s’en tient très étroitement aux conditions-cadres légales et à la pratique actuelle et rate ainsi la chance de montrer le champ des possibilités de l’assurance-chômage et les défis qui l’attendent. Une chose est claire : le processus en marche de la numérisation va accentuer la question du maintien de l’employabilité. Parallèlement à l’accélération du changement structurel et à des rapports de travail toujours plus fragmentés et de plus courte durée, les exigences en mobilité et flexibilité s’accroissent. La formation continue joue un rôle fondamental à cet égard pour maximiser les chances d’une participation au marché du travail réussie et durable sur le long terme.

Pour gérer avec succès ces défis, il faut aussi, hormis une préparation des travailleurs et travailleuses pour apprendre tout au long de la vie et un plus fort engagement des employeurs à investir dans la formation continue, un plus fort soutien des pouvoirs publics, par exemple par le biais de l’assurance-chômage.


1 DEFR. Recours aux mesures du marché du travail de l’assurance-chômage lors de réorientations professionnelles d’ordre structurel.

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03 avril 2018, Gabriel Fischer, Responsable politique économique Drucker-icon

Travail.Suisse demande une réforme des prestations complémentaires sans coupes et sans contrôle du mode de vie

La commission sociale du Conseil national terminera demain et après-demain ses délibérations sur la révision des prestations complémentaires (PC). Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses demande à la commission de ne pas aller au-delà de l’objectif attendu et de ne pas vider de leur substance les prestations complémentaires. suite

Les coûts des PC augmentent – d’un côté en raison de l’évolution démographique, de l’autre du fait du démantèlement de systèmes situés en amont. Par exemple, dans l’AI, presque la moitié de tous les bénéficiaires sont tributaires des PC. « Cela montre que les prestations complémentaires sont un instrument indispensable dans la prévoyance vieillesse – avant tout pour les personnes qui ont un handicap », indique Matthias Kuert Killer, responsable du dossier de politique sociale à Travail.Suisse. « C’est pourquoi nous prions instamment la commission du Conseil national de garder la mesure dans la révision » indique Matthias Kuert Killer.

La hausse des coûts n’est pas inhérente aux PC

Travail.Suisse partage les buts du Conseil fédéral sur la réforme comme le maintien du niveau des prestations, la protection des ressources individuelles pour la prévoyance vieillesse ou l’intention de réduire dans une large mesure les effets de seuil. L’obtention de ces buts requiert toutefois une démarche minutieuse. Car l’augmentation des coûts dans les prestations complémentaires ne leur est pas inhérente et on ne peut que très partiellement l’endiguer directement dans les PC. Elles font les frais de la pression qui s’exerce sur les autres assurances sociales. « Il est dès lors important de défendre les acquis des PC. En fait notamment partie le maintien du droit aux PC sans que l’on puisse contrôler le mode de vie. Il ne faut pas toucher à ce principe. Qu’il y a ait, même en partie, des cercles libéraux qui veulent de tels contrôles est plus qu’étonnant » ajoute Matthias Kuert Killer. Il est aussi important que l’argent des PC puisse subvenir aux besoins de l’existence. Diverses mesures soumises à discussion, comme la réduction des montants minimaux des PC, des contributions plus basses pour les primes d’assurance-maladie, la réduction des taux pour les nécessités courantes des enfants ou aussi la réduction des franchises concernant la fortune, peuvent avoir comme conséquence des contributions de l’aide sociale en plus des PC. Cela n’a pas lieu d’être et ne correspond pas au but des PC.

Protéger l’argent de la caisse de pension et les chômeurs âgés

Il est juste de mieux protéger l’argent de la caisse de pension. C’est pourquoi, Travail.Suisse salue une certaine limitation du retrait du capital de la prévoyance professionnelle obligatoire. Autant que possible, chaque travailleur doit recevoir une rente du 1er et 2ème pilier qui suffit pour vivre. En contrepartie, les chômeurs âgés doivent être mieux protégés. Suite à un licenciement, les travailleurs âgés ne perdent pas seulement leur emploi mais aussi leur rente de la caisse de pension. Travail.Suisse demande que lors d’un licenciement les travailleurs âgés conservent un droit à rester dans leur caisse de pension et au moment de la retraite reçoivent une rente de la caisse de pension normale. Des solutions prêtes à l’emploi existent mais elles avaient fait les frais du non à la prévoyance vieillesse 2020. Il faut les reprendre dans la réforme des PC.

Travail.Suisse attend en particulier des cercles qui font toujours référence aux PC lors de la réforme de la prévoyance vieillesse qu’ils renforcent les PC au lieu de les affaiblir – aussi dans la perspective du loyer maximal pris en compte, les propositions actuelles étant encore insuffisantes.

Pour d’autres informations :
Matthias Kuert Killer, responsable du dossier de politique sociale, Travail.Suisse, 079 777 24 69

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24 janvier 2018, Matthias Kuert Killer, Responsable politique sociale Drucker-icon

Révision des PC: bilan mitigé

La décision du Conseil des Etats d’aujourd’hui est une bonne nouvelle surtout pour les cantons car ils peuvent ainsi économiser des centaines de millions de francs sur le dos des bénéficiaires des prestations complémentaires. Pour les bénéficiaires par contre, le premier bilan est très mitigé : les conditions d’accès sont rendues plus difficiles, les dépenses prises en compte réduites et les revenus revus à la hausse. Le Conseil des Etats a décidé d’une seule amélioration dans le domaine du loyer maximal à prendre en compte et ainsi pris en considération la forte hausse des loyers. Ceci cependant de manière timide, car on peut déjà prévoir que le montant ne suffira bientôt déjà plus pour de nombreux bénéficiaires. suite

Sur pression des cantons, leurs représentant-e-s au Conseil des Etats ont utilisé le crayon rouge bien plus que ce que ne souhaitait le Conseil fédéral : les cantons économisent maintenant plus de 400 millions de francs. « Le Conseil des Etats a malheureusement suivi des propositions irréfléchies », selon Matthias Kuert Killer, Responsable de la politique sociale de Travail.Suisse. Les bénéficiaires ne pourront recevoir de prestations complémentaires pour leurs primes maladie qu’à hauteur de celles du troisième assureur maladie le moins cher. Le reste sera payé par les personnes concernées. Cette décision ne va pas dans le sens des PC. On peut prévoir qu’ainsi, on met en place un carrousel de modifications qui est indigne des personnes et absurde pour le système : lorsque de nombreux « mauvais risques » changent de caisse, cette dernière doit augmenter ses cotisations l’année suivante et la prochaine modification est déjà pré-programmée. Le maintien du niveau des prestations – un des objectifs de la réforme – est ainsi gravement compromis. Ce paragraphe doit obligatoirement être retravaillé par le Conseil national.

On doit par contre évaluer positivement l’adaptation du loyer maximal pris en compte. Les PC échouent aujourd’hui en matière d’indemnisation appropriée des coûts du loyer, parce que le loyer maximal pris en compte est bien trop bas si on considère l’augmentation constante du niveau des loyers ces 15 dernières années. La décision d’aujourd’hui contribue à désamorcer cette situation précaire et compense les augmentations de loyers jusqu’en 2014. Mais parce que les loyers ont continué d’augmenter depuis et continueront encore de le faire, ce montant sera bientôt à nouveau insuffisant. Le Conseil national doit ici aussi améliorer le texte.

Travail.Suisse soutient en principe la décision de limiter le retrait du capital dans le deuxième pilier, parce que cet argent manque plus tard pour une bonne rente. Toutefois, il est illogique de pouvoir retirer son capital pour financer le démarrage d’une activité indépendante. Le Conseil national doit intervenir et corriger le tir.

Plus d’informations:
Matthias Kuert Killer, Responsable Politique sociale Travail.Suisse, Mobile: 079 777 24 69

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31 mai 2017, Matthias Kuert Killer, Responsable politique sociale Drucker-icon